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Fétatrame.. .

Quand une simple sortie devient une préparation psychologique!

20 Mars 2017, 15:29pm

Publié par Féli-icie

Dimanche fin d’aprèm, il fait moche dehors, j’ai bien avancé : « Aller au ciné » ! Sur mon chemin, je croise une voisine de quartier, qui jusqu’à présent, ne m’a pas encore refroidie d’une note d’infantilisation, ou de misérabilisme qui viendrait de je ne sais où. « Bah alors, il est où le toutou ? » me dit-elle, les yeux en amande très très douce. Face à ce genre de répliques, je suis bien obligée d’expliquer, de justifier la situation. Ne sait-on jamais si j’étais le genre de maîtresses à se débarrasser de son chien comme d’un mouchoir de poche. Ma fifille va falloir que tu te blindes de réponses toutes faites, le jour où ton vieux Babou, dont les oreilles deviennent davantage fragiles, partira. Car tu n’as pas fini d’en recevoir, des vertes (décolorées), et des pas mures (du tout). « Ah c’est bien, vous prenez soin de lui ! » Puis, « Ah c’est bien, ça va vous changer les idées... » Pardon ? Voilà, deux, trois sympathies hyperficielles échangées, et ça y est l’étiquette de la malheureuse handicapée qui passe sa journée à s’abasourdir devant la télé, ou à jouer au solitaire – sait-elle encore jouer ? – semble me recoller à la peau. Une petite « leçon » peut-être ? Brève, très brève ! !

Mon dieu, la foule ! Ça n’a pas changé, j’ai toujours horreur de ça ! En plus, les comptoirs sont encore dix fois trop haut, «Bonjour la déperdition de communication assurée. » Assurée. ... C’est mon tour ! Aller, aller, tu t’es entraîné quelques instants plus tôt, à le prononcer ce foutu mot. Aigu. Grave. Doucement. Rapide. Composé. Décomposé. Recomposé. « Pa-tients !! (Encore) : Pa-tie-nts ! » Et merde, le cheveu sur la langue. Mais, j’crois qu’il a compris, le mec qui hurle au-dessus de son comptoir de plexiglass : pas moins de 2.5M ! Gilet par balles. Sans scrupule, une dame me passe presque devant et va tout chambouler. « Bonjour, une place pour ‘’L’embarras du choix ! » « Ah vous êtes avec ELLE ? » « Non, non. » Un blanc. Je retrouve un peu d’humanité avec la gentille – oui, il ne faut jamais oublier de les qualifier de gentils ces gens-là – cliente de derrière qui m’aide à faire ma transaction. «Tiens aide- moi, à lui remettre son portefeuille dans son sac. » Lance t-elle à son conjoint. « J’fais pas ça moi ! » Dit-il sur un ton mi agressif, mi gêné, s’éloignant de sa zone d’inconfort. Sont-ils vraiment mari et femme ? Voyant ma séance affichée en salle inaccessible – le comble ! -, je demande confirmation sur l’accès : « si si, c’est bon ! » Le guichetier qui, accompagné d’un suppléant dont je me demande encore la mission, semble lui aussi, dépassé par la foule.

Je suis projetée en 3 où l’espace handi, ne manque pas de place, au milieu de deux maigres rangées de fauteuils. C’est quoi ces regards fusillés qui tombent brusquement sur moi ? Ah Grand Corps Malade, j’espère bien qu'ils changeront en sortant de ton film. Détendez-vous, Mesdames, Messieurs, tout va bien se passer. Bon visiblement, il y a un véritable problème. J’interpelle fébrilement une fille confortablement installée : ex-cu-s-ez moi, c’est biiiiiiiiiii-en ici, pppppppppppppppppppppppa-t-iiiiiiiiientS ? » « Euh, non, non. » Je regarde enfin mon billet, déjà tout chiffonné et je sors en pestant. Il m’a vendu une place similaire à la « chourreuse ».

Je me dirige vers le contrôleur et sens que je n’ai pas fini de me battre contre un moulin à vent. J’ai déjà eu à faire à lui. Pour laisser passer les personnes contrôlées, je reste légèrement en retrait, émettant des « Monsieur, Monsieur ? » à chaque « code barre » déchiré. Il m’entend mais ne me regarde pas. Chez lui, ça semble maladif ! Je lui fais peur !! ! ! Et moins, je me sens écoutée, plus mon corps me trahi. Il lance un signe à son collègue et dégaine son téléphone portatif pendant que mes chances de simplement changer de billet, s’amenuisent. A l’opposé, un homme dont la tenue vestimentaire m’inspire davantage confiance, arrive. J’imaginais que la séance voulue demeure définitivement inaccessible, mais en deux secondes, l’affaire est réglée. Tout ça pour ça ? Oui, c’était le directeur qui, le lendemain, me répondra de façon positive, à mon mail ayant pour sujet : l’éternelle explication de ma situation, et le comportement limite de certains de ses employés. Comme quoi, ça sert toujours d’essayer de faire passer un message. Espoir adapté !

Je le suis en entendant dans mon dos, les t-shirts rouges : « Attends, faut l’accompagner là ! » « C’est bon, elle le suit… »

C’est bon, j’y suis, j’y reste ! J’aurais bien retirer ma veste et sa capuche rentrée mais n’allons pas profiter du film pour croire que Monsieur et Madame tout le monde se retrouveront immédiatement métamorphosés à sa sortie, prêts à ôter leurs œillères. Tant pis, ce n’est pas bien grave. Un peu de mon histoire, les émotions me traversent subtilement le corps. Je contrôle. Ma voisine à deux, trois sièges plus loin, se retourne d’un sourire toujours discret. On dirait bien que je suis en terre moins méconnue.... Maintenant.

Patients : Beau film, bien réel, sans pathos mais rempli d'émotions et d'humilité!

 

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